Transatlantique (de Lanzarote en Martinique)

En attendant la grande traversée

Apparences trompeuses

Je suis maintenant à Playa Blanca (une ville au sud de l’île de Lanzarote). À première vue, cette marina semble moins accueillante par rapport à celle d’Arrecife (une autre ville de l’île). En effet à Arrecife, il y avait des toilettes propres et libres d’accès. Mais aussi, une salle avec des tables, des canapés et un accès Wi-Fi gratuit. Ici, il ne semble avoir rien de cela. De plus, il y a beaucoup de touristes qui se promènent le long du port en raison du grand nombre de restaurants. Difficile alors d’identifier les marins dans cette foule.

Je pénètre sur les pontons et entame mes recherches en demandant aux personnes présentes sur les bateaux. Rien de concluant. En fin de journée, un marinero (homme qui travaille dans la marina) m’apprend que l’accès aux pontons est exclusivement réservé aux personnes possédant une embarcation. Il faut dire que c’était indiqué un peu partout et qu’avec mon gros sac rouge il m’est difficile de passer inaperçu. À moins qu’on m’invite, je ne peux pas aller sur les pontons pour démarcher les capitaines.
Décidément, j’ai l’impression que cette marina ne veut pas de moi. Pourtant j’ai le pressentiment que je dois persévérer. En plus de cette prémonition, je suis le seul à chercher un bateau à cette marina : s’il y a un bateau qui part, il est à moi !

À défaut de marcher sur les pontons, je déambule autour du port avec un panneau « Transatlantique ». Ainsi j’arrive à discuter avec certains propriétaires de bateaux. Alors forcément un type avec un énorme sac rouge et un panneau « Transatlantique » autour du cou ça intrigue les touristes. Certains me dévisagent, d’autres me demandent ce que je fais et il y en a même qui veulent prendre des photos. J’imagine le discours qu’ils tiendront à leurs proches quand ils leur montreront la photo : « regardes cette espèce rare que je j’ai rencontré au port : un bateau-stoppeur ! »

La marina de Playa Blanca au crépuscule.

Peu à peu, je repère les lieux, trouve les toilettes publiques, une connexion Wi-Fi et des poubelles productives ! Effectivement, la masse de touristes produit une quantité de gaspillage qui dépasse l’entendement. D’ailleurs, lorsque je me promène avec mon panneau, je me désole de voir partir à la poubelle toutes ces assiettes à moitié pleines. Mais d’un autre côté, je me dis : « allez-y, continuez ainsi, plus vous gaspillez, plus je mange ! ». Il y a aussi des visiteurs qui jettent à l’eau de gros morceaux de pain pour les poissons du port. Et moi si je saute à l’eau je pourrai aussi avoir du pain ? Je m’amuse à imaginer la tête que feraient les touristes si je leur pose cette question !

Nourriture 

Que mes grands-mères se rassurent, je me nourris bien ! À défaut de trouver un bateau, je sais où trouver ma nourriture. Dans cette poubelle on trouve les restes des restaurants, dans celle-ci du pain et dans celle-là des fruits.

Fructueuses trouvailles.

Bref, j’arrive à me faire de bons repas équilibrés. Et je dois bien avouer que fouiller les poubelles commence à me procurer non seulement du plaisir, mais aussi une certaine satisfaction. Après tout, c’est gratifiant de pouvoir se nourrir convenablement tout en limitant le gaspillage alimentaire. Parfois, j’ai l’impression d’être ce petit garçon à la recherche d’un trésor ! Parmi mes plus belles trouvailles : de grosses parts de lasagnes sous cellophane, un gros sac de fruits (bien mûrs, mais très bons) et un carton de pizza avec deux excellentes demi-pizzas. J’ai aussi trouvé une paire de chaussures !

En mangeant cette nourriture, je me sens accompli, heureux et chanceux.

Heureuses rencontres 

Je commence à prendre mes repères et sympathise avec Laura : c’est elle qui coordonne tout à la marina. Très attentionnée, elle me prend sous son aile. Tous les matins, elle m’offre l’emblématique « café con letche » espagnol, mais aussi un petit peu à manger. Comme elle le dit : « il faut que tu trouves un bateau, sinon je vais devoir t’adopter ! » Ainsi, elle questionne les propriétaires qui passent la voir et me conseille / déconseille certains navires. Mon affiche (qui présente ma demande d’embarquement) a même eu le privilège de se retrouver sur le bureau à la vue directe de tous. Laura m’ouvre aussi une salle avec des canapés et des livres, je peux recharger mes appareils électroniques et lire. J’en profite pour dévorer plusieurs histoires de marins qui content leurs courses et exploits.

Je rencontre aussi Jean-Luc et Dany, deux Français vivant sur leur beau bateau nommé Castafiore. Oui, Castafiore comme la chanteuse d’opéra dans Tintin !
Ils parcourent le monde à bord leur voilier. D’ailleurs, je ne peux que vous inviter à aller consulter leur fabuleux blog sur lequel ils publient les récits de leur voyage. Malheureusement, ils prévoient de faire la traversée seulement l’année prochaine. Ce monocoque se nomme peut-être Castafiore, mais à bord c’est tout sauf la cacophonie ! Au contraire, il y règne une profonde harmonie et on peut toucher du doigt la sérénité. Ce petit cocon est en permanence irradié de lumière par les sourires de Dany et Jean-Luc.

La Castafiore.

Très attentionnés, ils me proposent de m’acheter ce dont je pourrais avoir besoin. Je prends une douche à bord et ils font marcher leur machine à laver. Quel bonheur d’être à nouveau propre ! En marchant dans la zone touristique, je redécouvre à présent toutes les saveurs qui m’entourent : l’odeur des pizzas qui sont en train de cuire, le parfum délicat des passants et les effluves des restaurants qui me caressent le nez. C’est comme si soudain mon odorat s’était réveillé.
Ce voyage est l’on puis dire un retour à l’essentiel. On oublie vite le plaisir que procurent les choses simples : manger, boire, dormir sur un doux matelas et être propre.

Jean-Luc m’apprend les nœuds marins de base ; je maîtrise maintenant le nœud de cabestan, le nœud de chaise et le nœud de taquet. Aujourd’hui, le couple quitte le navire pour aller profiter de la neige qui est tombée en France. Toujours avec gentillesse ils me laissent un petit matelas et m’autorisent à dormir sur le pont du bateau en leur absence. Ils me parlent également de leurs amis qui ont un bateau dans cette même marina.

C’est ainsi que je fais la rencontre de  Dominique et Didier. Encore des gens extraordinaires avec qui je prends plaisir à échanger. Je découvre un nouveau type de bateau : le trawler. C’est un bateau de voyage à moteur dont Dominique me parle avec passion. De cette façon, j’élargis encore un peu plus mes connaissances sur la navigation maritime. Je suis également invité pour souper à bord. Ma bonne étoile a encore frappé, car Didier est un superbe cuisinier ! Nous passons une partie de la soirée à refaire le monde. Bien que la discussion soit sérieuse, j’ai droit à un bon conseil : dans la vie il faut savoir profiter et s’amuser !

Espoir, faux-espoir ?

Mes recherches avancent, ici je commence à être connu. Mais je reste face à la dure réalité : peu de bateaux partent en cette saison, la majorité restent au port.

J’entends parler d’un monocoque canadien qui est sur le point de traverser. J’échange mes coordonnées avec la compagne du capitaine. Il est possible qu’ils aient besoin d’un équipier. Je rencontre aussi un marin espagnol qui se propose de m’embarquer, mais il ne partira que dans un mois si tout va bien…

Recherches. Attentes. Patience.

La piste des Canadiens tombe à l’eau et le marin espagnol n’est pas prêt de partir… Tout le monde me conseille de changer d’île. Mais il y a Laura qui me parle d’un Hollandais qui devrait bientôt quitter le port. Elle lui a déjà parlé de moi, je dois le rencontrer, c’est ma dernière chance ici.
Je passe plusieurs jours à le chercher et finis par le trouver. Nous discutons et rapidement il me fait part de son désespoir. Son bateau a une fuite qu’il n’a pas pu réparer avec les pièces locales. Il doit faire venir des pièces de Hollande qui n’arriveront que dans une semaine. Cette fois la piste ne tombe pas à l’eau, elle prend l’eau !

J’envisage sérieusement d’aller voir ailleurs quand soudain je reçois un message d’Émilie. Rappelez-vous de ce couple avec qui nous avions fait la traversée Gibraltar-Canaries.
Ils partent pour la Martinique dans quelques jours et me proposent une place. J’accepte. Nous devons nous rejoindre à la marina d’Arrecife.

J’informe Didier et Dominique de cette bonne nouvelle et j’apprends qu’ils ont justement prévu de naviguer jusqu’à Arrecife demain. Je serai du voyage pour les quelques heures de navigation qui séparent les deux marinas ! Je vais aussi saluer Laura et le destin frappe encore : elle aussi sera demain soir à Arrecife, nous devrons nous y retrouver.
Le lendemain, je passe encore une agréable soirée aux côtés de Dominique, Didier et Laura qui s’est fait inviter à bord avec ses enfants. Dernières accolades en guise de remerciements et je rejoins le Kissanga, catamaran avec lequel nous allons traverser l’Atlantique.

Une fois, on m’a demandé si je m’attachais aux personnes rencontrées lors de mes voyages. J’avais répondu que non, cela ne me faisait rien. Aujourd’hui, je dois admettre que je quitte ces personnes extraordinaires avec un léger pincement au cœur. Je peux que leur exprimer ma reconnaissance ainsi que ma gratitude. 


La fameuse Transatlantique

Retrouvailles 

Je retrouve Émilie, Francesco, Mateo, Élisa et Sourie sur le Kissanga. Première étape avant la Transatlantique : rejoindre l’île de Tenerife située plus à l’ouest à une journée de navigation.

Le bateau est malmené avec une houle de travers. J’expérimente le mal de mer au point de vomir le souper. J’arrive tout de même à effectuer mon quart. L’arrivée au port de Tenerife est mon salut. Étrange, car j’ai déjà été soumis à une mer plus agitée sans pour autant être malade. J’espère juste que la traversée de l’Atlantique se passera mieux…

Fait marquant : Je trouve mon trésor à la poubelle : un jambon. Il est seulement un petit peu entamé. D’un coup de couteau, j’enlève la moisissure superficielle : le jambon est intact et excellent. Ce sera mon compagnon de voyage pour la Transatlantique !

Le trésor (avant/après nettoyage) !

Nous faisons les dernières courses (nourritures, réserves d’eau et de carburant), quelques bricolages et nous sommes fin prêt à larguer les amarres. Le catamaran de 12m par 7m est ravitaillé, nous pouvons quitter la terre. Mais avant de partir, nous laissons nos traditionnelles empreintes sur les murs du port.

Équipage complet du Kissanga face à son logo.

Le grand saut

Les premiers jours sont difficiles, la mer est relativement mouvementée. Je ne veux pas être malade. Mais cela ne dépend pas que de moi et l’océan semble vouloir me mettre à l’épreuve dès le départ avec une houle de 3 à 4m. Nous prenons les vagues de travers ce qui rend la navigation encore plus désagréable.
Le catamaran bouge de tous les côtés comme une coquille de noix perdue au milieu des flots. Les vagues martèlent les pauvres coques de l’embarcation. La brutalité des chocs semblables à des détonations fait penser à des coups de tonnerre. Le bateau vibre et un néophyte pourrait croire qu’il va se disloquer.
Bref, ce n’est pas très confortable et le mal de mer commence à se faire ressentir à travers un léger mal de tête et un état nauséeux. Il n’y a qu’en s’allongeant et en fermant les yeux que les symptômes disparaissent.
Je sais pertinemment que mon corps va s’habituer aux inéluctables mouvements du bateau. Malgré cela, j’en viens à penser que l’homme n’a pas sa place au milieu de l’océan. C’est ainsi, pour le début de cette traversée que je me restreins aux activités les plus basiques : faire les quarts, dormir, fixer l’horizon et manger avec modération.

Comme les vents sont forts et instables, il faut souvent régler la voilure et parfois la réduire. Et ce de jour comme de nuit, par mer calme ou agitée, qu’il vente ou qu’il pleuve. Il faut bien s’accrocher pour ne pas passer par-dessus bord. Dans de telles conditions, nous utilisons un harnais muni d’un gilet de sauvetage pour notre sécurité. Quelques fois, le catamaran plonge dans le creux d’une profonde vague ce qui produit une grosse éclaboussure. Je ne vous cache pas que c’est assez désagréable de faire les manœuvres par ce genre de temps. On se retrouve souvent partiellement mouillé.

Au fur et à mesure que le temps file, l’océan se calme et nos corps s’habituent. L’océan se calme et nous passons d’un extrême à l’autre. Maintenant, nous n’avons pas assez de vent ce qui nous oblige à faire marcher (partiellement) les moteurs afin de continuer à avancer. Le mercure monte en flèche au point d’être tous en short et T-shirt. C’est sûr, nous sommes sur la bonne route !

La pêche

Chacun trouve ses activités. Mais il y en a une à laquelle nous participons tous : la pêche ! Les débuts sont chaotiques : les lignes cassent et les poissons se détachent. Mais ce jour-là, nous réussissons à remonter notre premier poisson, une dorade coryphène de 74cm et 3,5kg.  Cette première prise après les jours de mauvais temps remonte le moral de tout l’équipage.

La bonne humeur est au rendez-vous !

La dorade coryphène est un poisson magnifique qui pourrait être le symbole d’une Transatlantique. En effet, cet animal qui vit au large ne peut pas être pêché à des fins commerciales. Ainsi, seuls ceux qui traversent l’Atlantique ont le privilège de goûter à ce poisson. Poisson qui soit dit en passant est magnifique. Ses flancs parsemés de petits points bleus sont d’un jaune éclatant. Couleurs éphémères, car elles ternissent lorsque le poisson trépasse.

Une belle dorade coryphène.

Progressivement, nous perfectionnons nos techniques de pêche et attrapons maintenant au moins un poisson par jour. Sourie et Émilie ne manquent pas de recette ni d’imagination pour les cuisiner à merveille : marinade, soupe, croquette, rillettes, lasagnes, nems. Chaque jour au repas pour le plus grand plaisir de mes papilles, c’est poisson extra-frais !
Ce matin, suite à un combat musclé d’une dizaine de minutes, nous pêchons même une bonite (sorte de petit thon) de belle taille. Nous en extrayons pas moins de 5kg de darnes rougeoyants !

Bonite à la sauce balsamique accompagnée de caponata !

Malgré ces belles réussites, nous commençons à avoir un problème : la taille du frigo ! Nous devons même accorder des « jours de repos » aux poissons le temps de consommer ceux que nous avons déjà péché.

À l’issue de la traversée, nos plus belles prises sont une dorade coryphène de 93cm et une bonite de 8kg.

L’ambiance est bonne, la cuisine excellente, la houle presque inexistante.

Un rêve devenu réalité

Si je rêvais de traverser l’Atlantique en bateau, ce n’était pas seulement par envie d’aventure ou soucis d’écologie. Je voulais sentir l’immensité de l’océan, respirer la pureté de l’air et admirer les levers de soleil. Sur ce point, j’ai été comblé, je n’ai jamais vu pareil spectacle. En fin de journée, l’émerveillement est tout aussi présent.

Comme nous naviguons vers l’ouest, le soleil se couche juste devant nous. Et vers 19h, la grosse boule de feu entame son ballet apparaissant et disparaissant derrière les nuages. Puis elle se dévoile dans toute sa splendeur, plongeant à l’horizon pour une dernière ovation. Parfois, quand le ciel est dégagé, on voit cette demi-sphère d’un jaune or disparaitre progressivement. Vue d’ici, cette étoile pourrait être n’importe quoi : un vaisseau venu d’une autre galaxie, un dieu ou même un territoire légendaire. C’est la simplicité et la puissance des éléments qui rendent ces moments inoubliables.

La boule de feu sous l’immense spi.

Je prends conscience que la haute mer est l’un des rares endroits sur Terre qui offre la même vue depuis des millénaires. D’ailleurs, j’en viens à penser à ces navigateurs d’antan ainsi qu’aux premiers explorateurs espagnols. Que pouvaient-ils ressentir, imaginer, lorsqu’au crépuscule le soleil et les nuages forment à l’horizon une terre d’or ? Espéraient-ils découvrir la limite de la Terre ou à l’inverse un nouveau monde plein de richesses ?

Avant cette traversée, je pensais que l’océan dégagerait un profond sentiment de liberté, d’infinité. Mais ce n’est pas le cas. En fait, j’ai du mal à réaliser que je suis au beau milieu de l’océan Atlantique. Peut-être est-ce lié au paradoxe de vivre cloisonné dans un espace si immense ? Ou bien est-ce parce que l’océan est bien plus qu’un immense désert d’eau salée ?

La vie à bord

Le catamaran a beau avoir une vingtaine d’années, on retrouve à bord tout le confort d’une maison. Ainsi la vie sur les flots est semblable à la vie à terre. Il y a 4 cabines avec des lits, des rangements, une pièce de vie commune, une gazinière, un frigo, un aspirateur, un ordinateur portable, etc.

Malgré ces similitudes, il demeure quelques différences. Et la plupart de celles-ci concernent l’utilisation de l’eau douce. Bien que le bateau soit équipé d’un réservoir de 600L, il faut constamment veiller à ne pas la gaspiller. En cas de secours, nous avons un désalinisateur et une centaine de litres d’eau potable en bouteilles (pour pallier fuites ou contaminations du réservoir principal).

Du coup, il n’est pas enviable de prendre une douche à l’eau douce ni même d’utiliser des toilettes classiques (qui consomment une dizaine de litres d’eau à chaque chasse). Les toilettes fonctionnent à l’eau de mer et il y a une petite pompe manuelle qu’on utilise pour évacuer (directement dans la mer) les excréments. La vaisselle est faite à l’eau de mer et pour la lessive, on fait le minium avec de l’eau de mer ou avec un peu d’eau douce. Pour la douche, cela se passe à l’extérieur avec un seau que nous remplissons d’eau de mer. On utilise un pulvérisateur rempli d‘eau douce pour se rincer. Ainsi, il suffit de moins d’un demi-litre d’eau douce pour se laver.

Haut les mains !

Concernant les déchets, nous effectuons un tri. Matières organiques et cartons sont jetés à la mer. Nous remplissons aussi les boites en métal avec de l’eau de mer pour que celles-ci coulent au fond de l’océan. Elles seront rapidement désintégrées par l’oxydation. Les bocaux en verre sont aussi jetés à l’eau, ils serviront d’habitat pour les poissons et à terme redeviendront du sable.

Enfin, concernant l’énergie électrique nécessaire pour l’électroménager et les appareils de navigation, elle est produite par trois panneaux solaires. En cas de journée nuageuse, on fait fonctionner quelques heures l’alternateur du moteur. Une bonne partie de cette énergie électrique est consommée par le pilote automatique qui apporte un confort non négligeable, car il barre le bateau 24/24h.

Des grains et peu de bateaux

Nous avons quelques manœuvres à faire (parfois à la frontale en pleine nuit), car nous devons faire attention aux « grains ». Un grain est un terme marin qui désigne un phénomène météorologique local et imprévisible. Les conséquences peuvent être désastreuses si des précautions ne sont pas prises. Car un grain est généralement constitué de pluie accompagnée de vents violents. Pendant les quarts, il faut donc vérifier au radar qu’aucun ne se profile à l’horizon.

Quand le ciel est dégagé et les vents stables, on peut hisser le spi. C’est une immense voile relativement fine qui permet d’avancer à une bonne vitesse même avec peu de vent.

Hissez le spi moussaillon !

Nous croisons peu de bateaux (maximum une dizaine durant la traversée). Une nuit pendant mon quart, je vois un point lumineux à l’horizon. J’en parle au capitaine, car il n’y a aucune trace radar qui doit normalement indiquer la présence d’un navire. Est-ce un filet flottant ou un objet à la dérive ? Le temps de comprendre qu’il s’agit d’un bateau de pêche (non signalé), nous ne sommes qu’à une centaine de mètres de celui-ci.  Nous allons droit à la collision ! Francesco démarre immédiatement les moteurs et change brutalement de cap. Incroyable de se retrouver face à un autre navire au beau milieu de l’Atlantique ! Vous devez à présent comprendre à quoi servent les quarts.

Du temps et de l’eau

Je lis dans l’esprit de certains une interrogation : tu ne t’ennuies pas, 22 jours c’est long ? Vous connaissez la réponse : non ! Déjà, le rapport au temps est complètement différent quand on voyage ; il m’arrive même de l’oublier ! Puis, je m’occupe : pêche, assistant pour la cuisine, lecture, écriture des articles du blog, musique, réflexions pour la suite du voyage, jeux avec les enfants et bien sûr je passe du temps à observer l’océan.

Je profite des derniers rayons du soleil.

D’ailleurs, je trouve que l’océan n’est pas une monotone masse d’eau. L’océan bouge, change d’apparence, se métamorphose au gré des éléments : il est vivant. En effet, à l’instar du sculpteur qui façonne la pierre, les vents et courants sculptent l’eau salée. Ainsi les paysages évoluent constamment en fonction de l’heure et de la météo. La nuit de pleine lune par mer calme et ciel dégagé on peut admirer sous la voute céleste un grand bain argenté. Alors que la journée les lointains nuages donnent l’illusion qu’une terre est proche tandis que le bateau surfe sur une longue houle.

Belle journée !

Mais aujourd’hui, ce n’est pas une illusion qui se dessine à l’horizon. C’est la première fois depuis les 22 jours de navigation que nous revoyons la terre. Bienvenue en Martinique !


Merci à :


Tiana ; Jean-Luc et Dany ; Didier et Dominique.

3 réponses sur “Transatlantique (de Lanzarote en Martinique)”

  1. La traversée nous a fait rêver !
    Beaucoup de sentiments nous parcourent à la lecture de cet article : la joie de la réalisation d’un rêve, la peur de l’immensité et l’angoisse du « rien », le bonheur du partage sur ce catamaran, la plénitude de l’eau…
    Louise adore toujours lire tes histoires et cette grande aventure lui a plu.
    Plein de bises, hâte de lire la suite !

  2. Merci à vous que je ne connais pas, vous m’avez replongé dans un élément jamais oublié, et malgré le temps, (25ans en arrière), je revois mon parcours, jalonné d’espoir, de doutes, de peurs, de joie, d’émerveillement, et…. de satisfaction .
    Vous avez su ,avec ce court résumé, chassé tous les doutes qui peuvent encore embarrasser et freiner les grands projets de ceux qui envisagent de faire le  « cross-over »
    Mes amitiés à vous et à la famille Gaudioso.
    De la part d’un vieux qui rêve encore!

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