Le rêve Américain

Miami

J’arrive à Miami par les airs et c’est intéressant de découvrir une ville Américaine de cette façon. En effet, cela permet de se rendre compte de l’architecture de la ville. Toutes les rues sont perpendiculaires les unes aux autres, tout est quadrillé, structuré et bien organisé. La limite de la ville est également marquée par une immense ligne imaginaire. Au-delà de celle-là, il n’y a plus que des marais. 

À première vue, Miami semble bien loin des stéréotypes habituels. Les rues sont propres, les habitants font du sport (footing, fitness sur la plage, accompagné ou non par un coach). D’ailleurs, c’est sur cette plage que je décide de commencer mon aventure. Miami Beach avec ses maisonnettes de maîtres-nageurs est typique des plages américaines. Mon projet : traverser en stop les 4427km qui séparent l’Atlantique du Pacifique. 

Miami Beach

Tournant le dos à l’Atlantique, je m’élance à la conquête du grand ouest. Après quelques kilomètres parcourus à pied, j’agite mon pouce. Une voiture s’arrête et me dépose un peu plus loin. J’ai du mal à trouver de bons endroits pour faire du stop et il m’est assez difficile de sortir de Miami. Mais avec un peu de patience, j’arrive à m’extirper des griffes de l’agglomération.

Les Américains ont l’air d’apprécier mon projet et c’est ainsi que mon prochain conducteur me payera l’entrée dans un restaurant. Et le mot « entrée » n’est pas utilisé pour décrire le plat servi en début de repas. Il correspond à l’action de rentrer dans le restaurant, car c’est en réalité un grand buffet à volonté. Après avoir mangé de la nourriture trouvée dans la rue, j’ai l’impression d’être au paradis! Et une et deux et cinq assiettes plus tard, je ressors l’estomac bien rempli (même un peu trop) !

 La suite de la journée est moins paradisiaque : beaucoup de marche et peu de conducteurs enclins à me faire monter à bord. Mais je garde à l’esprit qu’un moment difficile est toujours signe de bons augures. Alors, je persiste à faire du stop tout en calculant l’insignifiante distance parcourue dans la journée. C’est ainsi que dès le premier jour, je commence à mettre en doute la faisabilité de ce projet…

 Mais, à quelques minutes du crépuscule, un camion s’arrête. Oui un camion ! Voilà une chose inconcevable dans l’hexagone. Ainsi, je fais la connaissance de Daniel avec qui je vais parcourir plusieurs centaines de kilomètres. Nous discutons du camion, de tout et de rien. Il prend soin de moi, me donne à manger et m’offre même une douche dans une aire de repos (normalement réservée aux routiers). Il est 5h du matin, l’heure de faire une pause et de sombrer dans les bras de Morphée. Le gros camion américain possède deux couchettes, c’est sur l’une d’entre elles que je passerai la nuit. Après quelques heures de sommeil, Daniel ferra un détour de plusieurs dizaines de kilomètres afin de me déposer dans un endroit propice au stop. 


Premières impressions

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en venant ici et je dois dire que je suis agréablement surpris par ce pays et surtout par ces habitants. Ceux-ci sont d’une bonté et d’une sympathie déconcertante. 

J’enchaîne les rencontres, toutes sont plus enrichissantes les unes que les autres. En fin de journée, Bobby qui aime voyager me propose de dormir chez lui. Invitation acceptée, je découvre la campagne américaine. Bobby habite une maison bucolique entourée par des arbres et accessible uniquement par un chemin de terre. Cependant, quelques fois par décennies, ce lieu paisible devient le théâtre d’un apocalypse redouté : les ouragans. C’est d’ailleurs l’ouragan Michael en 2018 qui donna du fil à retordre à mon hôte. En effet, ce phénomène météorologique exceptionnel arracha beaucoup d’arbres de sa propriété, dont un qui s’abattit sur sa maison. C’est assez impressionnant de voir encore aujourd’hui les séquelles d’une telle catastrophe. De plus, Bobby n’a pas évacué sa maison et a réussi à filmer l’évènement. J’ai du mal à reconnaître le lieu sur la vidéo tellement les éléments étaient déchaînés.


Je commence à vraiment apprécier les États-Unis, les Américains et leurs modes de vie. On sent qu’ici, chacun est libre de faire ce qu’il veut (dans la limite du raisonnable) et peu importe ce que vous choisissez de faire, on ne vous regardera pas de travers et l’on respectera vos choix. Par ailleurs, j’aime ce sentiment de liberté qui se dégage de ce territoire. J’ai l’impression de pouvoir aller où je le souhaite étant donné que le stop fonctionne relativement bien. 


Panama City Beach 

Ce matin, un conducteur fait encore référence à Panama City Beach. C’est la énième fois qu’on me parle de ce lieu réputé pour être l’une des plus belles plages au monde. Je ne peux pas ignorer cet endroit plus longtemps, cap vers le sud ! 


Je découvre enfin la fameuse plage de sable blanc. Elle fait face au golfe du Mexique et s’étend à perte de vue. Après les nombreuses plages que j’ai eu la chance de voir dans les Caraïbes, j’étais un petit peu sceptique. Mais je dois admettre que je n’ai jamais vu du sable aussi fin et aussi blanc. Quand on pose la main sur le sable, on peut voir en détail tous les traits de la main, c’est dire la finesse du grain. En fait, cela ressemble à du sel de table (j’ai quand même vérifié, c’est bien du sable) !

Panama City Beach

J’ai de la chance, car ce week-end, il y a un grand rassemblement de motos à Panama City Beach. Les motards sont venus de tout le pays avec des motos plus folles les unes que les autres. Des grosses motos américaines aux motos japonaises en passant par les customisées, la diversité est au rendez-vous. Tout ce petit monde défile en permanence dans un vacarme assourdissant. Certains ont même une sono sur leurs motos et déambulent dans  les rues en poussant les décibels. Le bruit est vraiment surprenant, fort, extrême fort, c’est ça l’esprit américain !

Une des nombreuses rues de Panama City


Effectivement, il y a une multitude de choses qui me surprennent et qui sont à priori banales pour nos chers compatriotes américains.

  • Ainsi, il est normal de voir des motards sans casques (vous savez ce type bien cliché avec un bandeau et des tatouages).
  • Personne ne semble non plus surpris de voir un homme crier : « I love capitalism! » (J’adore le capitalisme)  à bord d’un petit tricycle surplombé par un grand drapeau Trump.
  • Enfin, cela ne choque personne de voir un auto-stoppeur à l’arrière d’un pick-up roulant à toute allure sur l’autoroute.

En effet, c’est bien de moi que je parle. Car, en faisant du stop pour quitter Panama City Beach, je suis pris par un homme qui me dit de monter dans la benne de son pick-up. Surpris, je reste dubitatif quelques instants et lui demande si cela est légal. Il me répond que oui. C’est alors que je parcourrai une centaine de kilomètres sur l’autoroute à plus de 120km/h. Expérience unique et agréable, les autres conducteurs rigolent en me voyant; d’autres me saluent d’un geste de la main. Petit coup de stress quand même en voyant une voiture de police qui fonce droit sur nous avec sirènes et les gyrophares allumés, heureusement ce n’était pas pour nous. Le conducteur doit dire vrai, aussi surprenant que cela puisse paraitre, il est légal de transporter une personne à l’arrière de son véhicule.


Expérience challengeante

Je poursuis ma route et fais la connaissance de Robert. En route, il me propose de travailler pour lui. Après quelques minutes d’hésitation, j’accepte de travailler pendant une semaine. Je découvre alors un autre visage de l’Amérique, plus sombre, moins affranchi.

Robert travaille dans ce que j’appellerai l’entretien de maisons, il propose des services de nettoyages haute pression, de maçonnerie et de jardinage. Il a l’habitude d’embaucher des gens pour des durées plus ou moins longues et a actuellement besoin d’aide. Je travaillerai pour lui pendant une semaine. Un peu plus tard, j’apprendrai que la plupart de ses anciens travailleurs sont soit des drogués, des alcooliques ou d’anciens prisonniers… 

 Les différentes tâches sont physiques, les pauses parfois inexistantes (même celle de midi…). Je loge dans un vieux camping-car insalubre garé dans son jardin, sans eau courante et il y avait des puces que j’ai dû éliminer… Ces conditions difficiles me permettent de gagner seulement 200$ pour une semaine de travail acharné.

Cette expérience me fait comprendre ce que peuvent vivre au quotidien les travailleurs illégaux présents dans beaucoup de pays…


New Orleans

Je me dirige maintenant vers La Nouvelle-Orléans et c’est une fois de plus grâce aux conseils avisés des locaux. De belles rencontres et plusieurs centaines de kilomètres plus tard, j’arrive au pied de Lake Pontchartrain Causeway. Cet immense pont long d’une quarantaine de kilomètres surplombe le lac Pontchartrain. Quarante petits kilomètres, c’est tout ce qui me sépare de La Nouvelle-Orléans. Mais ce seront les kilomètres les plus challengeant de mon voyage.

Encore une petite épreuve …

Je suis devant l’entrée du pont sur le bord de la chaussée en train d’agiter mon pouce. Pour l’instant, aucun conducteur n’est enclin à s’arrêter. J’aperçois en face une voiture de police. Brusquement, le véhicule accélère et allume ses gyrophares. La voiture fait demi-tour et se dirige vers moi. Est-ce pour moi ?

Oui, la voiture s’arrête à mon niveau et un officier sort. Assez énervé, il m’informe qu’il est illégal de faire du stop et me demande de déguerpir. J’essaye de discuter avec lui afin de mieux comprendre cette interdiction, mais il ne veut rien savoir. « Si je te revois ici, tu vas en prison », me dit-il !

Je m’empresse donc de quitter à pied cette zone. Je savais que le stop était plus ou moins interdit aux États-Unis, mais personne jusqu’à présent n’a été capable de m’expliquer précisément les limites et les conséquences liées à cette interdiction. 


Maintenant, je dois trouver un moyen de traverser ce pont pour rallier La Nouvelle-Orléans sans me faire repérer par la police. Je ne vais pas abandonner mon projet à cause d’un policier qui s’est levé du mauvais pied ! En marchant, j’aperçois une autre voiture de police arrêtée à une station essence. Je vais voir l’officier, lui explique ce qu’il vient de se passer et je lui demande ce qu’il en est réellement du stop aux États-Unis. Voici ce qu’il me dit : « C’est plus ou moins interdit partout en Amérique, mais honnêtement tout le monde se moque de cette interdiction. Moi, je ne t’embêterai jamais si je te vois faire du stop ».

Ce policier est très aimable, et nous discutons un petit peu, il adore mon projet et me donne même l’écusson de sa brigade. C’est l’ascenseur émotionnel, je passe du tout au rien ! Enfin, l’officier me déconseille d’arriver à La Nouvelle-Orléans de nuit pour des raisons de raison de sécurité. Je chercherai donc demain un moyen de traverser le pont.

En attendant, je dois débusquer un lieu abrité pour passer la nuit, car il pleut énormément dans cette région. Je dormirai donc sous un pont, caché pour ne pas que l’officier grincheux puisse me voir. C’est assez énervant et frustrant de devoir se cacher et d’avoir peur de ceux qui sont censées nous protéger.

Le lendemain, je décide de questionner discrètement les clients d’une station-service. Mes efforts finissent par payer, je rencontre une femme qui accepte de me conduire de l’autre côté du pont. C’est bon, je suis passé !

… pour atteindre la ville

Une dizaine de kilomètres plus loin, et plusieurs heures de marche plus tard; me voici au cœur de La Nouvelle-Orléans. Les bâtiments sont splendides, on se croirait revenu à l’époque coloniale. Il y a beaucoup de touristes, des artistes de rues, des centaines de bars et bien évidemment de la musique, car cette ville est le berceau du jazz. Bref, cette ville respire, la fête et la bonne humeur.

French quarter, La Nouvelle-Orléans

Il y a aussi le Mississippi, immense fleuve américain qui prend sa source au nord du pays. Véritable autoroute fluviale, on y voit naviguer encore aujourd’hui d’anciens bateaux  à vapeur pour les touristes, mais aussi des péniches géantes qui transportent tous types de marchandises.

Par ailleurs, La Nouvelle-Orléans est aussi un lieu où beaucoup de  mendiants  profitent de l’affluence touristique. Je discute avec certains, et c’est intéressant, car il y a tout type de profils comme le voyageur qui traverse les États-Unis avec son vélo venu gagner un peu d’argent. Mais aussi, Jay qui lui attend ses aides sociales suite à son accident. Il a été renversé par une voiture et a perdu en partie l’usage de ses membres, il ne peut donc plus travailler. Jay m’offrira deux beignets qu’on lui a donnés, car il ne peut pas manger de sucre. La générosité américaine est décidément sans limites ! 

Aussi, j’apprends qu’en moyenne ces gens gagnent 15 à 20$ par jour (sans compter la nourriture gratuite offerte par les passants). Pas mal, mais ce n’est rien à côté de ces petits garçons d’une dizaine d’années qui en jouant de la musique sur de vieux sceaux en plastique peuvent gagner plus de 200$ par jour! Eh oui, La Nouvelle-Orléans c’est une ville un peu folle. 

Mais c’est aussi une ville à double face, car à côté de ces beaux quartiers se trouvent des lieux bien plus modestes où vit une partie de la population beaucoup plus pauvre. Et cette pauvrette attire toute sorte de mauvaises choses, ce qui fait grimper le taux de criminalité. Ainsi, je ne m’attarde pas trop et poursuis ma route. De plus, cette région est très pluvieuse et donc pas très adaptée à ma façon de voyager. Me voici-ci donc de nouveau en route vers l’ouest !


Stay positive ! 

Je passe la nuit sous un pont pour être à l’abri de potentielles intempéries. Mais au beau milieu de la nuit, je suis réveillé par un violent mal de ventre: c’est la diarrhée… Je prends immédiatement un médicament. En effet, je me dois d’être toujours en pleine forme. Le lendemain est difficile, je suis affaibli. Mais je sais qu’une mauvaise passe est souvent suivie par de merveilleux moments. Toujours rester positif, c’est une belle devise pas toujours facile à appliquer… La journée passe et petit à petit je retrouve mes forces.

Je me dirige vers le nord-ouest de la Louisiane. Et comme je l’avais prédit, je fais de belles rencontres. Les habitants de cet état sont accueillants et certains connaissent quelques mots de français. En effet, la Louisiane est une ancienne colonie française vendue aux États-Unis en 1803 par Napoléon Bonaparte.


Un peu plus tard dans la journée, un conducteur me permettra de prendre une douche chez lui. Et en fin de journée, je fais la connaissance de Clint. De façon complètement décontractée, il m’invite à passer la nuit dans son « camp ». C’est le lieu qu’il utilise quand il veut aller pêcher ou chasser. Je découvre un lieu reculé de la Louisiane, avec beaucoup d’animaux sauvages. Sur la route, j’ai pu voir des dizaines de biches, des petits animaux et un alligator. C’est une partie assez reculée des États-Unis et à l’ endroit où nous sommes, il n’y a pas de réseau et moins de dix personnes habitent ce camp toute l’année.

Du coup, tout le monde se connaît et le soir les habitants ont l’habitude de se retrouver. Je goute à une spécialité locale : les écrevisses fraichement pêchées. Elles ont été cuisinées à merveille par un ami de Clint avec des pommes de terre, des saucisses, des oignons, du maïs et du piment.

Crawfish Boil

Le lendemain, nous quittons le camp pour nous diriger vers la maison de Clint. Une fois arrivé, il me laissera essayer quelques-unes de ses armes. Eh oui, aux États-Unis il est possible d’avoir des armes. Après avoir tiré quelques cartouches avec un fusil à pompe, je poursuis mon chemin, direction le Texas ! 


Texas

Jusqu’à présent, les états que j’ai traversés (Floride, Alabama, Mississippi et Louisiane) étaient principalement constitués de lac, de marais et de forêts. 

Mais peu de temps après être rentré au Texas, les marais et les forêts laissent place à de belles collines fleuries puis à un seul et unique grand plateau.  Je découvre ainsi des prairies fleuries qui s’étendent à perte de vue, mais aussi les Longhorn cette race de vaches texanes célèbre pour leurs immenses cornes.

Champ texan

Au milieu de certains champs, on peut voir d’étranges mécanismes : ce sont des puits de pétrole et il y en a une bonne poignée au Texas ! Là encore, je suis étonné par la propreté des installations. Je m’attendais à voir une catastrophe écologique, mais visuellement, tout est propre et les puits se fondent parfaitement dans le paysage. 

Le Texas aussi surnommé « The lone star state » (L’état de l’étoile solidaire en français) tire ce surnom de son histoire. En effet, ce fut le dernier état à être annexé aux États-Unis. Ainsi, le drapeau texan est le seul à pouvoir être hissé au même niveau que le drapeau américain en hommage à son caractère indépendant. 


De plus, cet état est connu pour la gentillesse et l’amabilité de ses habitants. C’est ainsi que je ferai de nombreuses rencontres. Il y en a une qui fut particulièrement enrichissante. C’est celle de Jessie et de Brandon, deux jeunes ayant un âge similaire au mien. Après avoir hésité à me prendre et après la marche arrière sur la voie d’insertion, ils m’acceptent à bord. D’abord méfiants, ils deviennent complètement excités quand je leur explique ce que je suis en train de faire.

Je suis invité à rencontrer leurs amis qui veulent me voir en vrai. Je passerai plusieurs jours à leurs côtés. Visites, soirée, j’ai l’impression de les connaître depuis toujours! Nous visiterons Cadillac Ranch. Il s’agit d’une dizaine de vieilles Cadillac littéralement plantées dans la terre au milieu d’un champ. Tout le monde est invité à les peindre avec des bombes de peintures colorées. Bref, c’est le genre de chose que l’on ne peut voir qu’en Amérique. En effet, qui d’autre pourrait se dire : « Tiens, aujourd’hui je vais planter des Cadillac au milieu de mon jardin ! »

Cadillac Ranch

Nous allons aussi à Palo Duro Canyon, ces gorges sont un lieu magnifique pour faire des randonnées. Les petites collines qui surplombent ce canyon sont simplement magnifiques avec leurs dégradés de couleurs.

Palo Duro Canyon

Colorado

Je me dirige maintenant vers le Colorado, état situé au nord-ouest du Texas. Si j’y vais, c’est parce que beaucoup des conducteurs m’ont dit que c’était l’un des plus beaux états des USA. Alors comme toujours je cède à mon insatiable curiosité, n’est-ce pas cela que certains appellent liberté ?

Plus j’approche du Colorado, plus la température chute et à proximité de Denver, il commence à neiger ! De la neige en mai c’est plutôt inhabituel même pour le  Colorado. Je fais la route avec William, ce papy texan venu rendre visite à son frère Torn. Il me propose de passer la nuit chez lui et aussi fou que cela puisse paraitre, je commence à m’habituer à être hébergé chez l’habitant. Le plus déconcertant, c’est que parfois, on me m’offre un lieu où passer la nuit après seulement quelques minutes de discutions !

Une fois la connaissance de Torn faite (le frère de William), les deux frères se proposent de me faire visiter la région. Il est 16h, ils me connaissent à peine et pourtant  nous partons faire une heure de route pour aller voir un parc régional. Je suis complètement abasourdi par la vitesse à laquelle se déroulent les évènements. Ces personnes ne me connaissent quasiment pas, mais elles sont pourtant prêtes à tout laisser tomber pour me faire découvrir leur pays.

Aujourd’hui, je verrai des montagnes enneigées et des élans ! D’ailleurs, la flore et la faune américaine m’ont aussi étonné. En effet, il y a aux États-Unis énormément d’espaces sauvages dans lesquels prospèrent des animaux de toutes sortes.

Vue depuis la maison de l’un de mes hôtes

Continuant inlassablement mon chemin vers l’ouest la neige s’estompe, les montagnes se substituent pour devenir des collines, des gorges et enfin les remarquables étendues désertiques apparaissent, bienvenue en Arizona !


Arizona

Holbrook

Je souhaite me rendre à Holbrook, car cette ville est traversée par la célèbre route 66. Cette ancienne route traverse les États-Unis d’est en ouest depuis Chicago jusqu’à Santa Monica en Californie.

Mais pour ce faire, je dois d’abord traverser la réserve des Indiens Navajos. Dans la réserve, le stop est facile et je rencontre ses Indiens qui travaillent, jouissent du confort moderne et vivent aujourd’hui comme tout le reste des Américains. Mais il y a Bobby, il milite pour les Indiens et contre le gouvernement américain. Il m’explique la tristesse qu’il ressent, car il a le sentiment d’avoir été volé et de ne pas être respecté par le gouvernement. J’apprends beaucoup de choses intéressantes sur sa culture et ses ancêtres. Je retiendrai « The people » (les gens) c’est ainsi qu’il aimerait que son peuple soit nommé. Pas « indien » ni « natif américain », car pour lui cela n’a pas de sens étant donné que ses aïeux vivent sur ces terres depuis des millénaires. D’ailleurs, dans la langue Navajos le terme qu’ils utilisent pour se designer peut être traduit par « The people ». 

La route qui traverse la réserve Navajos

À Holbrook, les commerces jouent sur la réputation de la route 66.  D’autres sont restés intacts depuis des décennies. Et c’est le cas de ce vieux motel Wigwam construit durant les années 50. Un motel c’est « [un] hôtel situé au bord d’une route, destiné aux automobilistes ».  La particularité de celui-ci c’est qu’il propose des hébergements sous la forme de tipis.

Wigwam Motel et ses vieilles voitures

The Crater

Je vais aussi voir un autre lieu folklorique : « The Crater » (le cratère). Vous l’aurez deviné, il s’agit d’un immense trou créé par l’impact d’une météorite. L’accès à ce lieu singulier fut une véritable expédition. En effet, mon conducteur me laisse à la sortie de l’autoroute qui me semble être la plus proche du cratère. Or, je m’aperçois rapidement que je me suis trompé de sortie, ici il n’y a rien, juste le désert. Les quelques bâtiments adjacents à l’autoroute sont abandonnés. Je me résous donc à marcher à travers le désert pour trouver ce fameux cratère.

Je suis le point GPS de mon téléphone. Bientôt, l’autoroute disparaît et je me retrouve au calme au beau milieu du désert. Après plus d’une heure de marche, je constate avec dérision que mon point GPS doit être faux et je change mon cap pour ce qui visuellement semble être le cratère. Finalement, après une quinzaine de kilomètres à me battre contre ce sable qui s’affaisse sous mes pieds, j’arrive à proximité de l’impact. J’ai tout de même droit à une petite frayeur quand un troupeau de chevaux semi-sauvages foncent vers moi. Ils marcheront collés à mon sac à dos pendant plusieurs minutes ; je ne comprends pas, ils devaient être intrigués par ce type marchant dans le désert avec son drôle de sac !

La puissance de l’impact a créé un monticule de terre autour du cratère, il faut donc grimper pour voir le trou ! Arrivé en haut, la vue est impressionnante et j’ai du mal à imaginer qu’un astéroïde est venu s’écraser ici, car cela ressemble étrangement à un volcan ! Fait amusant, les touristes sont cantonnés à une minuscule terrasse alors que je déambule librement autour du cratère. J’apprendrai plus tard par une touriste chinoise qu’il fallait payer l’entrée. Elle d’ailleurs n’a pas pu voir le cratère, car le lieu allait « fermer »…

The Crater

Grand Canyon

Toujours plus à l’ouest, je vais voir le célèbre et majestueux Grand Canyon. Pour l’instant, tout est plat et l’on ne peut pas se douter qu’à quelques mètres seulement se trouve un immense canyon profond de 1300m. Lorsque je m’approche du bord et vois pour la première fois ce canyon, j’ai le souffle coupé par l’immensité de ce gouffre. J’avais beau avoir vu des photos, on ne peut se rendre compte de la démesure du lieu qu’en étant sur place ! D’ailleurs pour ceux qui aiment les chiffres, voici les mensurations de ce canyon : il s’étend sur 450km et sa largeur varie entre 5 et 30km. Je ne vous mets pas de photos, il faut aller le voir en vrai !

Slab city

Je vais maintenant visiter Slab City. C’est un endroit particulier, car c’est un des derniers lieux où les Américains peuvent s’installer gratuitement. D’ailleurs, il y a toute sorte de personnes vivant dans ce squat : des artistes, des marginaux, des anciens drogués, etc. Tous sont venus ici pour jouir d’une certaine liberté. Ancienne base militaire, la ville est en fait un immense squat situé dans une zone désertique. Il n’y a aucune commodité: pas d’eau potable ni d’électricité, mais les habitants sont libres de faire ce qu’ils veulent. Et cela donne lieu à des œuvres pour le moins surprenantes. Par exemple Salvation Mountain, c’est l’œuvre un homme qui un jour a décidé de peindre une colline pour témoigner de sa gratitude envers Dieu. Il a aussi construit des sortes de grottes avec de la paille, des branches et de la boue. C’est juste démentiel !

Salvation Mountain

En me promenant dans Slab City, je peux observer des campements plus ou moins salubres et des œuvres complètement déjantés ! Les cinéphiles auront peut-être entendu parler de ce lieu puisque c’est ici qu’a été tourné une partie du film « Into the Wild« .


Les Américains

Comme je l’explique plus haut, je ne savais pas trop à quoi m’attendre quand j’ai mis les pieds sur ce continent, mais ce fut pour moi, une agréable surprise. Je fus également surpris par la part importante que représente la nature, la Faune et Flore. Mais aussi par la gentillesse et l’accueil chaleureux des Américains. 

En Amérique, la culture tourne autour de la voiture et de la paresse. On peut tout faire depuis sa voiture : manger, retirer de l’argent et même les motels sont conçus pour pouvoir garer sa voiture juste en face de sa chambre. Les gens sont aussi très croyants, parfois avant de quitter le véhicule le chauffeur faisait une prière à mon égard. Une autre fois, c’est moi qui ai dû dire les grâces avant de manger un repas offert par mes conducteurs.

D’autre part, beaucoup d’Américains avec qui j’ai pu échanger, ne sont jamais allés à l’étranger, d’autres pensent même que le monde est dangereux en dehors des États-Unis et ne quitterons sûrement jamais le continent…

J’ai vécu énormément de bons moments aux États-Unis et rencontré tellement d’Américains généreux et amicaux, que je ne peux tout vous raconter. Ces personnes possèdent une spontanéité déconcertante. En effet, j’ai logé de nombreuses fois chez l’habitant et rencontré de nombreuses personnes. Je ne peux leur exprimer que ma sincère gratitude.


Le Far Ouest

Santa Monica

Je suis presque au terme de mon projet et quelques centaines de kilomètres plus loin, j’arrive à Santa Monica. Je suis pris par une certaine émotion à la vue du Pacifique. Je scelle l’instant par une baignade dans les eaux fraîches de cet océan. Ce lieu marque ainsi la fin d’un projet et le début d’une autre aventure. En effet, dans quelques jours je prendrai l’avion pour rallier Singapour en Asie.

Santa Monica, Californie

Un petit détour …

Mais avant cela, je fais un petit détour vers Yosemite Valley, un parc naturel californien réputé pour sa beauté et ses séquoias géants. . Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai été comblé, car ses arbres vieux de plus de 2500 ans sont tout simplement splendides. Ils sont immenses et les plus imposants peuvent atteindre 60 mètres de haut pour plus de 8m de diamètres. Alors, avec un si gros tronc, des hommes ont jugé juste de creuser un passage à l’intérieur. Cela a été fait sur un séquoia au début du siècle. Outre le fait qu’on peut y faire passer une voiture, le plus impressionnant reste le fait que l’arbre est toujours en vie !

Dans le parc, tout est pensé pour protéger la faune. En effet, il y a de nombreux ours en liberté et instinctivement ils se rapprochent des lieux où il y a de la nourriture. Alors pour éviter les incidents, le parc est équipé de poubelles spéciales et les campeurs sont invités à mettre leurs nourritures et produits odorants dans des casiers prévus à cet effet. J’ai d’ailleurs eu la chance de voir un ourson en liberté lorsque je circulais dans le parc.

California tunnel tree, là encore on ne se rend pas bien compte de l’immensité de l’arbre !

… avant de poursuivre mon voyage !

Me voici maintenant à San Francisco. Je suis surpris par le microclimat qui règne sur la ville. En effet, en arrivant sur San Francisco, juste après avoir franchi les montagnes, je me suis retrouvé au milieu d’un épais brouillard. Mais cela ne m’a pas empêché de visiter la magnifique baie. Aussi, j’ai beaucoup apprécié l’architecture des maisons et la façon dont est construite cette ville sur une colline avec des rues perpendiculaires. Bien sûr, il y a également le magnifique Golden Bridge et la célèbre prison d’Alcatraz.

Depuis l’aéroport, je me prépare à un long vol de 16h pour rejoindre Singapour sur le continent asiatique !


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11 réponses sur “Le rêve Américain”

  1. Te lire, Thimothée, est formidable et rafraîchissant. En fait tu t’es créé un style ! C’est formidable. Continue à nous faire rêver et sourire de plaisir devant tes découvertes.
    Et n’attends pas trop avant de reprendre le clavier!
    Bonne route et bon vol

  2. Merci Thimothée pour ton beau témoignage. Une fois en Asie, n’hésite pas à me faire signe si ta route passe par Hanoi.
    Anne

  3. bonjour thimotee , ta traversée des USA nous a rappelé notre séjour l an dernier ; comme tu l’ ecris si bien les américains sont cools et avenants ; une de leur expression favorite  » enjoy  » représente bien leur etat d’ esprit ;
    tu as un don de compteur né et sait tres bien faire passer tes émotions . Bonne continuation ; Jacqueline et joseph Colombo

  4. Quel plaisir de te lire Timothée ! Nous sommes très heureux que cette expérience te soit positive. Tes phrases sont habitées d’une grandeur d’âme.
    Au travers des paysages et de l’hospitalité des êtres, tu révèles la beauté du Monde.
    Tout notre amour t’accompagne dans ce voyage initiatique.
    Tes parents

  5. Bonjour Timothée,
    Le mois dernier ,j’ ai voyagé jusqu’en Guadeloupe et St martin grâce à toi.
    Te voilà donc, à vivre le « rêve Américain », bien loin à mon sens, de l’Amérique de Mr TRUMP !
    On retrouve souvent dans tes récits, le sens de l’hospitalité des gens que tu rencontres, et cela a de quoi nous rendre optimistes .
    Tes récits nous enchantent, j’ai hâte de lire la suite .
    Je t’embrasse .
    à bientôt .
    Maco.

    1. Oui, le monde n’est pas toujours ce que l’on peut voir à travers nos écrans et il est vrai que les Américains ont un grand sens de l’hospitalité !

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